Les criminels libérés: L'Histoire ne s'efface pas!


COUTITI

N° 248
du 18/04/2002

Madagascar


Terreur à Antsiranana et bavure à Antananarivo
Des officiers fidèles au président Ratsiraka, véritables "chefs de guerre", mènent dans le nord du pays une chasse aux partisans de Ravalomanana. La vaste province d'Antsiranana, du nom du grand port du nord de l'île (Diego-Suarez sous l'ère coloniale), a été partagée en zones d'influences confiées à trois officiers selon plusieurs témoignages. "La population est terrorisée", ont affirmé à l'unisson un homme d'affaires de l'île touristique de Nosy Be (nord-ouest) et un responsable militaire de la région de la Sava, dans le "triangle de la vanille", au nord-est. Nosy Be est le théâtre des plus grandes violences.
Le gouverneur d'Antsiranana, Jean-Robert Gara, fidèle à M. Ratsiraka, y a installé le 1er février son chef de la sécurité, le lieutenant-colonel Ancelin Coutiti, qui, depuis, à la tête d'un commando de 6 à 12 militaires, organise une chasse aux membres du Comité de Soutien à Ravalomanana (KMMR).
Le 1er mars, en pleine nuit, le "commando Coutiti" avait enlevé Olivier Ratsimba et un ami chef d'entreprise, tous deux du KMMR. Ils ont été tabassés et leurs corps précipités dans un fossé, a raconté l'ami, qui a "fait le mort". Olivier Ratsimba n'a pas survécu.
Les témoignages des violences du "commando Coutiti" sont légion. Meurtre d'un homme qui défendait sa fiancée en discothèque, tabassages en public, réquisitions l'arme au poing de voitures, bateaux, essence, racket des commerçants.
A Sambava, chef-lieu de la Sava, porter le tee-shirt à l'effigie de Ravalomanana est prohibé de facto. Le gouverneur Gara y a dépêché une mission spéciale de 16 éléments de l'armée, dirigée par le colonel Jean-Victor Rahitso, pour rétablir l'ordre. Cinq membres du KMMR ont été arrêtés il y a trois semaines à Sambava et trois à Andapa, à 100 km au sud. Ils ont été conduits à Diego où ils sont torturés, a assuré un membre du KMMR qui a fui jusqu'à Antananarivo. Une source militaire parle d'ongles arrachés, les familles de "genoux pelés et recouverts de piment".
A Diego, les violences et intimidations ne vont pas aussi loin. La ville, fief électoral de M. Ratsiraka, est bien contrôlée par le gouverneur Gara et un autre lieutenant-colonel "détaché" de l'armée, selon des témoignages concordants.
 
Bavure à Antananarivo
Mort suspecte d'un partisan de Ratsiraka
arrêté par les nouvelles autorités
 
Arrêté le 10 avril dans un hôtel de la capitale, Gaby Rolland Rajaonarivelo, dit "Ravolomaso", partisan notoire de Didier Ratsiraka, est mort le soir même des suites de blessures après son arrestation. Gaby Rolland Rajaonarivelo avait été arrêté en compagnie de deux autres personnes par des policiers et gardes du corps du camp de Marc Ravalomanana. Les deux autres hommes arrêtés ont été hospitalisés, souffrant de "polytraumatismes". Après leur arrestation, ils avaient été conduits dans les locaux des services de renseignements, un bâtiment attenant à la mairie, devenue "palais présidentiel" de M. Ravalomanana, puis dans ceux de la police.
Le décès de "Ravolomaso", survenu dans la nuit, a provoqué l'affolement dans le camp de M. Ravalomanana. Ses conseillers les plus proches se retranchant derrière le "secret d'Etat" avant de reconnaître un "accident" puis un "dérapage". Le Premier ministre Jacques Sylla serait lui entré dans une colère noire en apprenant la nouvelle.
"Ravolomaso" était un ancien policier devenu "homme de main" du ministre de l'Aménagement du territoire, l'un des durs du régime Ratsiraka.
Le camp de Ravalomanana, a justifié ces arrestations arguant que les trois personnes étaient des complices au sein d'un "complot visant à enlever le Premier ministre Jacques Sylla".
Tous trois figuraient sur un mandat d'arrêt collectif lancé la veille par le procureur de la République d'Antananarivo.
Selon des sources concordantes, ce mandat d'arrêt comprend notamment les noms de la fille de M. Ratsiraka, Sophie, et de deux de ses ministres considérés comme des "durs" du régime.
Le premier est le ministre de l'aménagement du territoire, Herivelona Ramanantsoa, connu pour avoir payé à plusieurs reprises des jeunes gens des quartiers pauvres pour mener des actions violentes contre le camp Ravalomanana.
Le second est le ministre des Travaux publics, Jean-Emile Tsaranazy, qui est accusé d'avoir participé au dynamitage d'un pont pour intensifier le blocus de la capitale.
Le week-end précédent cette bavure, les maisons de plusieurs caciques du régime Ratsiraka ont été pillées et incendiées y compris celle de l'ancien Premier ministre Guy Razanamasy, prédécesseur de M. Ravalomanana à la mairie de la capitale ou encore celle de Mme Lalatiana Ravololomanana, une conseillère du président Ratsiraka.
Un militant pro-Ravalomanana de 17 ans a été tué par des militaires qui protégeaient la maison de Gérard Andrialemirovason, directeur général de la présidence de M. Ratsiraka.
Pour ramener le calme, le général Ferdinand Razakarimanana, nouveau PDS (gouverneur) d'Antananarivo avait dû lancer à la radio et la télévision un "appel au civisme des Malgaches", leur ordonnant de ne "toucher ni aux biens ni aux personnes" et menaçant de faire arrêter les "meneurs" de ces pillages.
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Le Gal Sambiheviny accuse le Pds Pety Rakotoniaina de jouer un "Mauvais et Dangereux Western"

L'Express de Madagascar 23.10.2002

Une suite judiciaire n'est pas exclue dans l'affaire Pety Rakotoniaina-Sambiheviny Elson Fiandrama. "C'est l'affaire Pety Rakotoniaina-population victime de son opération" a corrigé le commandant en chef de la gendarmerie nationale.

"Il ne manque plus que l'audition du pds". Le général Sambiheviny s'est élevé contre les "violences verbales " du président de la délégation spéciale de la province de Fianarantsoa mais il a expliqué hier à la presse que la véritable question porte sur des faits précis délictueux voire criminels dont la population a souffert pendant l'opération de sécurisation "personnalisée, politisée avant d'être officialisée et médiatisée" menée par Pety Rakotoniaina. "Un mauvais et du dangereux western. On se croirait au Far west". Durement critiqué la semaine dernière, le général Sambiheviny "autorisé à se départir du devoir de reserve" a opposé aux allégations du fougueux Pety Rakotoniaina, les résultats d'une enquête menée sur son ordre, qui ont décidé pour le retrait des éléments militaires et notamment des gendarmes de l'opération du pds. "Les attaques lancées sont des rideaux de fumée qui visent à cacher à travers des considérations politiques, de graves infractions au droit commun". Le Haut commandement de la gendarmerie déclare officiellement être sali dans son honneur et "se penche actuellement sur la procédure judiciaire à mettre en oeuvre". Le ministère de la Justice a été saisi.

"Il ne manque plus que l'audition du pds".

Entouré du Haut commandement de la gendarmerie, le général Sambiheviny s'est élevé hier contre les "violences verbales " du président de la délégation spéciale de la province de Fianarantsoa et les "accusations sans preuves" mais il a expliqué à la presse que la véritable question porte sur des faits précis délictueux voire criminels dont la population a souffert pendant une opération de sécurisation "personnalisée, politisée avant d'être officialisée et médiatisée" menée par Pety Rakotoniaina. Suite à une enquête diligentée sur le terrain de l'opération "Fampandriantany" -Sécurisation, Pacification. trad.libre- menée "personnellement" par le président de la délégation spéciale de Fianarantsoa, la synthèse "provisoire" de la gendarmerie en donne une image extrêmement négative. 39 maisons incendiées -photos à l'appui exposées sur le mur de la salle de conférence- plus d'une centaine de sinistrés,130 bovidés fusillés, 5836 extorqués, 220 charettes de paddy accaparés, vols divers, abus d'autorité.....ll y aura eu "pour l'instant" 59 plaintes amplement suffisant pour fournir un premier corpus de "renseignements judiciaires" qui pourront être exploités.


(à suivre)