La position de la France reste ambiguë -Topmada

La position de la France reste ambiguë

26 mars 2009
Une du figaro au lendemain du coup d'Etat (18/03)

Une du figaro au lendemain du coup d'Etat (18/03)

Interrogé par l’African Press si « la France a condamné un coup d’Etat ou a juste dénoncé une situation hors-norme » à Madagascar, M. Chevalier le porte-parole du Quai d’Orsay a répondu qu’il s’agit d’un coup d’Etat. Il a ensuite tenté de clarifier la position de la France en ajoutant « qu’il faut suivre une logique de respect des dynamiques constitutionnelles »…

Tenté en effet, car finalement cette dernière phrase reflète la position de la France depuis le début de la crise : floue et hésitante. Le silence pesant de la France suite à l’auto proclamation d’Andry Rajoelina comme président du pays alors même que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Union Africaine mettaient en garde toute tentation de l’ancien maire de prendre le pouvoir par des moyens non démocratiques, ont réveillé des soupçons. La France n’aura eu de cesse que de proposer une ligne « neutre », pour aucune des « parties », quitte à s’effacer devant une tentative de déstabilisation d’un pouvoir élu dans son ancienne colonie.

Les 1ers soupçons de soutien

A l’époque les premières banderoles anti-françaises apparaissaient lors de manifestation pro-gouvernementales pour inviter M. Joyandet, secrétaire d’Etat à la coopération en médiation d’urgence, à ne pas favoriser un mouvement qui visait la prise du pouvoir par la rue.

Malgré les propos rassurants de Joyandet les soupçons persistaient et cela d’autant plus que voyant son mouvement faiblir et sentant son arrestation lui pendre au bout du nez, Andry Rajoelina trouva refuge à la résidence de l’Ambassade de France. Personne ne sait aujourd’hui encore si Rajoelina a profité de cette protection pour continuer à planifier son coup d’Etat. Personne ne sait non plus si la France l’a laissé agir et s’organiser alors qu’il était sur son territoire. Toujours est-il que quelques jours plus tard, la mutinerie du camp stratégique du CAPSAT s’est déclenchée. On connaît la suite.

Le « nouveau Maître de Madagascar » fait du pied à la France qui envoie son ambassadeur

De son côté Andry Rajoelina n’a cessé d’afficher sa sympathie pour la France. Devenu président grâce à l’armée, il a trouvé « louable » la position de la France dans la crise. Deux jours après la chute du pouvoir Ravalomanana, Rajoelina a même accueilli le nouvel ambassadeur de France. M. Jean-Marc Châtaigner qui est arrivé la veille, comble donc un vide de plusieurs mois depuis l’expulsion du dernier ambassadeur l’été 2008. « Simple visite de courtoisie » d’après le diplomate mais perçue par beaucoup d’observateurs comme un soutien affiché au président putschiste.

Les condamnations et les menaces de sanctions contre le nouveau pouvoir commençaient à pleuvoir : UA, SADC, Etats-Unis. De son côté, la France via le porte-parole du Quai d’Orsay se contentait de qualifier cette prise du pouvoir « d’hors norme » sans la condamner et en déclarant qu’il n’était « pas question » de suspendre l’aide bilatérale. L’Union Européenne « osa » cependant parler de vrai « Coup d’Etat » et les condamnations se multipliaient. Sentant la position de la France se fragiliser, le président Sarkozy vint à la rescousse d’une diplomatie française devenue nuageuse aux yeux de nombreux Malgaches, et utilisa le terme de « coup d’Etat » en exigeant des élections le plus rapidement possible. Ce jour là, Nicolas Sarkozy n’a d’ailleurs pas manqué de déclarer qu’il y a « beaucoup de choses à dire sur l’ancien président » tout en précisant : « il doit être jugé s’il y a besoin ».

Isolé diplomatiquement, le nouveau pouvoir a depuis multiplié les appels de pied en direction de la France : Andry Rajoelina a affirmé « nous ne pouvons pas sous-estimer notre relation avec la France » suite à sa rencontre avec l’ambassadeur et son nouveau ministre des Affaires Étrangères d’appuyer « le pays compte beaucoup sur la France », sans oublier le ministre de l’éducation qui a rétabli en début de semaine le français comme langue d’enseignement. Dernière initiative qui peut être discutable certes, mais est-ce là vraiment la priorité en temps de crise ?

Des intérêts français non privilégiés par Ravalomanana

Comme le remarque le Canard enchaîné (journal français), la France n’a jamais apprécié Ravalomanana qui n’a pas privilégié les intérêts français depuis son arrivé au pouvoir

Ce coup d’Etat survient après sept années de fâcheries franco-malgaches. Illégitime, selon Paris, qui a mis cinq mois à reconnaître son élection, en 2002, « Ravalo » se venge, en mettant la France, premier fournisseur de son pays jusqu’en 2007 et qui compte 25 000 ressortissants, en concurrence avec la Chine, le Canada, les USA, etc.

Si certaines entreprises tricolores (les banques, le bétonneur Colas, le téléphoniste Orange) n’en souffrent guère, Bolloré, qui guignait la gestion du port à conteneurs de Toamasina (deuxième ville malgache), a été sèchement écarté. Quant au groupe Total, il ne devra qu’à l’intervention personnelle de Sarko d’arracher, en 2008, et après deux ans de négociations, un permis de prospection terrestre. L’ex-président entendait —ô scandale— confier le marché aux Chinois !

Durant les dernières années de son « mandat », le même président, milliardaire de l’agroalimentaire, confondra souvent ses affaires avec celles de l’Etat.

Certains espèrent sûrement que son successeur les confondra davantage avec celles de la France…

Nicolas Sarkozy est aujourd’hui en visite officielle au Congo. La crise économique mondiale a-t-elle mis au placard la rupture avec la Françafrique tant prônée par le candidat Sarkozy ?

Voir l’article du Canard enchainé

A.R. dans A Vous la Parole sur TopMada.com

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