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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 10 2009 20:00

Entretien Madagascar : le président déchu accuse la France LE MONDE | 28.10.09 | 14h50 • Mis à jour le 28.10.09 | 14h50 (Le Monde.fr)

Johannesburg Correspondance

Depuis plus de sept mois, Marc Ravalomanana est en exil. Hôte des autorités sud-africaines qui prennent en charge sa sécurité, ses déplacements et son logement, le dernier président élu de Madagascar vit confortablement à Johannesburg. "Je refuse de faire une demande d'asile, car je veux rentrer le plus tôt possible à Antananarivo", confie-t-il.
 
Elu en 2002 puis réélu en 2006, celui que l'on surnommait le "PDG de Madagascar" n'a pas accepté sa mise à l'écart le 17 mars. Ce jour-là, l'armée pousse Marc Ravalomanana à quitter le pouvoir et le confie à Andry Rajoelina qui mène la contestation dans la rue depuis trois mois. La communauté internationale dénonce le coup d'Etat de l'ancien maire de la capitale malgache. A quelques jours du sommet d'Addis-Abeba (Ethiopie), du 3 au 5 novembre, qui doit finaliser le schéma de transition devant aboutir à une élection en 2010, Marc Ravalomanana explique sa position.

-  Que direz-vous à Addis-Abeba ?

-  J'y répéterai qu'il faut respecter l'accord signé à Maputo en août par les quatre chefs des mouvances (Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana et les deux anciens présidents Albert Zafy et Didier Ratsiraka) qui parle de la "neutralité" de la transition. Pour respecter celle-ci, les médiateurs internationaux m'ont poussé à ne pas participer au gouvernement de transition alors même que je suis le président élu. Le putschiste Andry Rajoelina doit faire de même
et quitter son poste de président de la transition. Aux médiateurs de faire leur travail.

Cette condition est-elle non négociable ou s'agit-il d'une monnaie d'échange pour obtenir, lors du sommet, davantage de portefeuilles ministériels ?

-  Je ne joue pas avec les principes. Ce n'est pas mon intérêt personnel qui compte mais l'intérêt national. Le leader d'un coup d'Etat ne peut pas être légitimé. Madagascar ne doit pas devenir un mauvais exemple pour le reste de l'Afrique. Imaginez que chacun des 1 546 maires du pays décide de faire un coup d'Etat ! Ce n'est pas négociable. Je n'accepterai jamais Andry Rajoelina comme président de la transition !

Et si vous n'obtenez pas le départ d'Andry Rajoelina ?

-  Si on n'a pas besoin de moi à la table des négociations, je peux rester ici en Afrique du Sud. Mais je ne veux pas abandonner mon pays. Les médiateurs veulent-ils prendre la responsabilité de laisser à la tête de Madagascar un dirigeant qui enfonce le pays dans la crise ?

Comment jugez-vous son action depuis sa prise du pouvoir ?

-   Il n'est pas capable de diriger un pays. Il ne sait pas commander les militaires, ses ministres et même son ancien premier ministre. Il est sous la pression de son entourage. Ce n'est pas moi qui le dis, tout le monde le voit. Au début, il a eu de la chance car il y avait des ressources. Ses partisans ont volé du riz, du blé, de l'huile à la société Tiko (propriété de M. Ravalomanana) dans le port de Tamatave. Ils ont récupéré les 150 voitures et les motos que j'avais fait importer en prévision du sommet de l'Union africaine en juillet. Mais tout cela est aujourd'hui fini. Ils n'arrivent plus à payer les salaires des fonctionnaires.

Quand envisagez-vous de rentrer à Madagascar ?

-  Le gouvernement de transition doit d'abord être formé. Je rentrerai après. Les risques pour ma sécurité ne me font pas peur. Ma vie est entre les mains de Dieu.

Comptez-vous vous présenter à l'élection présidentielle ?

-  C'est encore trop tôt pour répondre. Mais j'ai des militants dans tout le pays et un projet pour le pays. En sept ans de présidence, j'ai eu des résultats : 5 % par an de croissance économique moyenne. J'ai lutté contre la corruption. Les prix ont baissé. J'ai augmenté le taux de scolarisation et baissé celui de la mortalité infantile.

Les accusations d'affairisme et d'autoritarisme ont nourri la contestation qui a abouti à votre renversement. Avez-vous commis des erreurs lorsque vous étiez au pouvoir ?

-  Ma seule erreur est d'avoir été trop vite dans la mise en oeuvre de mon projet. Sinon, j'ai toujours favorisé le dialogue. J'ai toujours séparé la gestion des affaires de l'Etat de celle de mes entreprises. Je suis en paix avec ma conscience.

Vous avez accusé la France de soutenir Andry Rajoelina. Avez-vous des preuves ?

Le coup d'Etat à Madagascar était bien étudié et bien orchestré. En trois mois, c'était fait ! Moi-même, j'ai été surpris. Je ne dis pas que la France a tout organisé, mais il y avait des Français derrière cela. Les services de renseignement sud-africains, ici, me l'ont dit.

Avez-vous un regret concernant votre gestion de cette crise ?

-  Ne pas avoir assez prêté attention à l'armée. J'ai préféré acheter 400 tracteurs que 400 blindés.

Le 7 février, des gardes présidentiels ont tiré sur une foule désarmée qui s'approchait de l'un de vos palais. Il y a eu une trentaine de morts. Vous avez donné l'ordre de tirer?

Les balles ne venaient pas du palais, mais de tireurs postés dans les arbres par l'autre camp.

Propos cueilli par Sébastien Hervieu

Par Ny marina tsy maty
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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 10 2009 14:44
Lu à la réunion du G.I.C. le 6 octobre 2009 par le chef de la délégation Fetison Rakoto Andrianirina de la mouvance Ravalomanana.

Johannesburg, le 5 octobre 2009

Cher Président Ping,
Mesdames et Messieurs,

La Charte de la transition, signée à Maputo le 09 août 2009 stipule à l'Article 1 que : "Les mouvances politiques s'engagent à oeuvrer pour une transition neutre, inclusive, pacifique et consensuelle, en vue de l'organisation d'élections régulières, justes, transparentes, équitables et crédibles, et de la mise en place d'institutions démocratiques et stables".

C'est dans cet esprit de neutralité que j'ai solennellement déclaré le 26 août 2009 à Maputo que je ne participerai pas personnellement à la gestion de la transition.

La Communauté Internationale a précisé clairement qu'aussi longtemps qu'il n'y a pas d'ordre constitutionnel à Madagascar, elle ne reconnaîtra aucun gouvernement de transition. La Mouvance Ravalomanana approuve entièrement cette position et nous ne reconnaîtrons jamais Rajoelina comme "président du gouvernement de transition" parce que sa reconnaissance sera un coup dur pour l'état de droit, la démocratie et l'ordre constitutionnel. En fait, lui permettre d'être le président de la transition signifie légitimer le coup d'état qui a eu lieu à Madagascar.

Nous comptons sur vous, M. le Président, qui dirigez la Commission de l'Union Africaine avec tant d'intégrité, pour éviter les pièges de ceux qui ne veulent pas voir nos pays progresser sans ingérence étrangère tutélaire et faire triompher les valeurs universelles, credo de tous les responsables étatiques du monde entier.

Nous comptons également sur votre compréhension pour un traitement équitable de toutes les mouvances en tenant compte de mon propre désistement personnel dans la conduite de la transition pour que celle-ci soit réellement neutre, inclusive et consensuelle et réussisse sa mission première qui est de ramener la paix à Madagascar.

De tout ce qui précède, et reconfirmant tous nos écrits et déclarations précédents, notamment la communication 022/CC/09 faite devant le G.I.C à Addis Abeba le 21 juillet 2009 et à Maputo le 26 août, nous réitérons notre position et ne pouvons, au nom de la Mouvance Ravalomanana, accepter M. Rajoelina comme président de la transition.

Le continent africain n'est pas un continent maudit, incapable de se délivrer définitivement de ses vices dégradants pour le bonheur de nos détracteurs pour le développement.

Cette fois, assumons notre avenir, osons prendre réellement nos responsabilités et faisons du cas de Madagascar un exemple dissuasif pour tous. Ne légitimons pas, sous quelque forme que ce soit, un putschiste.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre haute considération.

Marc RAVALOMANANA
Par Ny marina tsy maty
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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 10 2009 10:58

MEDIATION DU GIC SUR LA CRISE A MADAGASCAR : COMMUNIQUE DE LA MOUVANCE RAVALOMANANA

 

Suite aux récentes tournures des évènements sur la mise en œuvre de l’accord de MAPUTO, nous, Collectif GTT International, de la mouvance Ravalomanana, faisons le communiqué suivant 

 

Premier point

Le premier article de l’accord de MAPUTO stipule que le président de la transition doit être neutre. Cet accord a été rendu possible suite à des négociations quasi impossibles, mais qui ont pu être menées à bien grâce aux efforts considérables du Groupe International de Contact (GIC) avec à sa tête, Son Excellence M. Chissano, en septembre 2009. Cet accord a été accepté et signé par les quatre mouvances, MAIS AUSSI par les responsables du GIC.

Aujourd’hui, le GIC proposerai de mettre à la présidence de la transition Andry Rajoelina !

Andry Rajoelina serait-il devenu neutre ? Ou alors, le mot « neutre » a-t-il une signification variable dans le temps, en fonction de ce qu’on veut obtenir ou faire passer ?

Si c’était avéré, le GIC lui-même bafouerai l’accord qu’il a eu tant de mal à faire accepter et signer par les quatre mouvances. Faut-il comprendre par cela que le GIC, porteur d’espoir de tout un peuple lassé par la guerre et les troubles qui l’accompagnent, se serait laissé influencer par des pays qui ne visent que leurs intérêts économiques à Madagascar (suivez mon regard…) ? Que le lobbying des industriels et politiques des pays développés peuvent passer par-dessus toutes les options de sorties de crise si celles-ci ne correspondent pas à ce qu’ils ont imaginé pour servir leurs propres intérêts ?

 

Deuxième point

Aujourd’hui, pour donner « plus de force » à la campagne de médiation, les représentants de tous les pays membres permanents du conseil de sécurité des nations unies sont présents à Madagascar dans cette « ultime tentative » de règlement pacifique de la crise. Les nations unies proposent donc de cautionner cette solution proposée par le GIC et légitimer ainsi le coup d’état du 17 mars 2009, en acceptant de mettre à la présidence de la transition le premier responsable de ce coup d’état ! Au 21 ième siècles, l’honorable Organisation des Nations Unies, par la voix des représentants de membres permanents de son conseil de sécurité est en train de montrer aux actuels et futurs putschistes qu’il est  encore possible de prendre le pouvoir par la force, de détruire toute une économie et une société, et par la suite, de réclamer et recevoir tous les honneurs en se faisant légitimement nommer « Président de la Transition  » ! C’est une très mauvaise leçon qu’elle est en train de donner aux pays en voie de développement. Et les droits de l’homme, son fer de lance, dans tout çà ? Ces droits de l’homme au nom desquels elle intervient dans le monde entier pour « pacifier » les pays en guerre auraient-ils différentes significations selon l’endroit de la planète où l’on se trouve ?

 

Troisième point

Au sein de la mouvance Ravalomanana, nous avons fait d’énormes concessions pour aboutir à cet accord de MAPUTO. Faut-il rappeler encore que Son Excellence Le Président Marc Ravalomanana, en véritable patriote qu’il est, mettant l’intérêt supérieur de la nation avant toute chose, s’est volontairement retiré de toute participation à la transition pour faire aboutir les négociations afin de faire revenir la paix pour ses compatriotes et pour Madagascar.

Pour nous, il est le chef de fil incontestable et incontesté de la mouvance. Et donc, tout accord, traité, acte, ou quelque document que ce soit qui n’aurait pas son accord et sa signature est caduque et n’a aucune valeur. Nous sommes d’autant plus confortés dans cette démarche que une majeure partie de la population se rallie toujours derrière lui, et le considère toujours comme le seul garant de la paix, du développement, et du progrès de  Madagascar. N‘en déplaise à ses adversaires, il a été, et reste le président qui a le plus fait pour son pays en si peu de temps dans la courte histoire des républiques malagasy qui se sont succédées depuis l’indépendance en 1960. Ce qui forcément n’arrangeait pas ses adversaires puisque les réussites de Son Excellence Ravalomanana en si peu de temps a mis en évidence l’incompétence de ses prédécesseurs.

Durant cette transition, nous mettons en garde les pays ou investisseurs qui pensent profiter de la situation de crise créée par les putschistes pour essayer de faire main basse sur les richesses du pays. Au retour de la normalité, nous allons réclamer un droit d’inventaire sur tout ce qui aura été réalisé par le gouvernement de transition, et nous remettrons en cause tout ce qui n’est pas fait dans le principe gagnant-gagnant entre les malagasy et les groupements (industriels ou particuliers) ou qui auront indûment bénéficié de contrat dans quelques domaines que ce soit à Madagascar.

 

Quatrième point

Nous tenons à souligner la flagrante différence de traitement que les « grands pays développés » des nations unies réservent aux Honduriens par rapport aux Malagasy. A Madagascar et à  Honduras ont eu lieu des coups d’état au cours de cette année 2009 (en mars à Madagascar, et en juin à Honduras).

A Madagascar, malgré les manifestations et les appels à l’aide de tout un peuple depuis des mois et des mois, la communauté internationale n’a pas été très réactive pour apporter des solutions et aider les Malagasy à recouvrer la paix et le retour à l’ordre constitutionnel. Et finalement, aujourd’hui, elle essaye de faire appliquer une solution de transition pour changer de république dans un pays où il n’y avait aucun problème, sauf l’existence d’un jeune DJ assoiffé de pouvoir, et aidé par des forces occultes qui le finançaient depuis l’étranger pour réussir son coup d’état.

A Honduras, au bout de quelques semaines seulement, la même communauté internationale s’indigne du coup d’état qui a eu lieu et exige le retour immédiat et sans conditions du président déchu à son poste !

Y aurait-il deux poids deux mesures dans ce monde ? Ou alors, les Malagasy seraient-ils moins importants, « inférieurs », qui ne valent pas autant que les Honduriens du moins ? Nous nous posons clairement la question : à situation égale, traitement différent ! Où est l’erreur ?

 

Le Collectif GTT International

Par Ny marina tsy maty
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 10 2009 10:59

Message du Président Ravalomanana



Chers compatriotes


La conclusion des accords de Maputo nous a apporté une lueur d’espoir. Malheureusement malgré nos efforts de laisser de coté tout orgueil et ambitions personnels, en face nous nous sommes heurtés à un manque de volonté manifeste de rendre effectif lesdits accords.

Bon nombre de personnes lors des événements 2009 ne sont pas encore libérés alors que les arrestations arbitraires continuent, On assiste à un pillage organisé à grande échelle de nos bois et pierres précieux, avec une destruction massive de l’environnement. On court vers une catastrophe économique et humaine sans précédent, avec des milliers de perte d’emploi et la fermeture de beaucoup d’entreprises. Hausse incontrôlable de l’inflation et effritement inexorable du pouvoir d’achat, alors que nous ne sommes pas encore en période de soudure. Prolifération des actes de banditisme, créant un sentiment d’insécurité permanente au sein de chaque foyer. La bonne gouvernance qui était notre fierté auprès des bailleurs de fonds internationaux, n’a plus sa place mais c’est la corruption au quotidien qui est le mode de gouvernement. Défaut d’entretien et délabrement des infrastructures qui ont coûté chers aux contribuables, Non accès des enfants à l’école, faute de moyens et de kit scolaire, et même ceux qui étaient scolarisés ne le sont plus.


« Les intérêts supérieurs de la Nation » pour certains ne sont qu’un slogan vide de sens

Le G I C va se retrouver à Antananarivo le 06 octobre pour continuer ses travaux de recherche d’une solution pacifique à la crise malgache.


Je considère tout acte de nature à entraver le bon déroulement de cette réunion internationale, comme une volonté affichée de na pas résoudre la crise et signifiant un défaut manifeste de tout sens de patriotisme.

En conséquence, j’exhorte tou

s les patriotes à se donner la main pour la réalisation de cette réunion et de soutenir par la prière tous les participants.


Je crois que le meilleur héritage que nous tous vivants actuellement, puissions léguer à la postérité est un Madagascar modèle de développement, paisible et stable.

Nous malgaches n’auront plus à rougir des coups d’Etat comme mode de prise de pouvoir, et nous ne l’accepterons plus jamais.


Pour y parvenir :


· Nous devons faire respecter sans condition par tous les politiciens les résultats des urnes.

· Nous devons refuser tout adoubement par quelque moyen que ce soit et par quiconque d’un auteur de coup d’Etat.

Ce sont les principes que nous avions défendu à Maputo et qui sont conformes aux traités et conventions internationaux.


Aujourd’hui, nous tous, citoyens malgaches et membres du G I C avons le devoir de nous opposer à toutes velléités de maintenir Rajoelina ou Monja Roindefo à la tête du pays , même pendant la transition, tant qu’ils ne sont pas élus démocratiquement par la voie des urnes. Madagascar a suffisamment d’élites et patriotes honnêtes pour cela.


Armons nous tous de courage, Dieu nous protège


Marc RAVALOMANANA

02 octobre 2009


(Vu sur Pimaso)

Par Ny marina tsy maty
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 09 2009 23:00
Marc Ravalomanana : "On court vers la catastrophe socio-économique et humain"
21 septembre 2009

 
Il faut avouer que Marc Ravalomanana a beaucoup œuvré dans le concert des nations pour que Madagascar soit connu et ait sa place dans toutes les institutions internationales et soit présent dans tous les continents. Il faut aussi admettre que sous son mandat, la croissance était au rendez-vous. Des observateurs internationaux, notamment des journalistes, femmes et hommes des médias internationaux, ont même trouvé que le pays a commencé son décollage économique et que le problème qu’il fallait résoudre était la redistribution des richesses. Marc Ravalomanana a bien voulu répondre à nos questions. Interview.
 
1) Ayant beaucoup développé la coopération internationale, pouvez-vous apporter des précisions sur les conséquences économiques d’un refus de Madagascar à adopter une démarche consensuelle ?
 
"Premièrement, j’adresse mes félicitations à votre journal et à vous même pour votre courage en ces temps troubles de vouloir donner le maximum d’informations justes aux citoyens. Ensuite, je vous remercie pour votre appréciation de mes actions internationales.
 
C’est vrai que j’ai beaucoup œuvré pour mettre Madagascar à la place qu’elle mérite dans le concert des Nations et en l’espace de sept ans, j’ai parcouru des milliers de kilomètres pour promouvoir l’image du pays et trouver toutes les voies et les moyens de le développer, notamment sur le plan des infrastructures, de l’amélioration de la condition de vie des malgaches. Depuis 2003, Madagascar fait partie des pays à développement humain moyen (IDH>0,5) suite à l’amélioration des indicateurs de Santé et de l’Education de la population (espérance de vie, alphabétisation, scolarisation et revenus par habitant).
 
S’agissant de la lutte contre la pauvreté, l’appui du PNUD par exemple, a eu des incidences sur l’élaboration de politiques sectorielles (emploi, PME, artisanat, industrie, commerce), la stratégie nationale de micro finance, la mise à jour du Programme national d’appui au secteur privé et du diagnostic du processus d’industrialisation rurale.
 
En partenariat avec la FAO, le BIT, le FENU et l’ONUDI et avec le secteur privé, plus de 40 000 emplois ont été créés en 2005 et 2006 dans des domaines très variés (soie, fruits et légumes, gemmologie, élevage, mécanique, maçonnerie). À cela, il convient d’ajouter les résultats en matière d’alphabétisation et d’insertion sociale et professionnelle des analphabètes, en collaboration avec l’UNESCO.
 
Dans le domaine de l’investissement, l’initiative Growing Sustainable Business a permis d’intéresser le secteur privé à la lutte contre la pauvreté, et de fournir un appui à la mise en place du Conseil pour le développement économique de Madagascar destiné à faciliter l’investissement.
 
Et les exemples que je vous donne là ne sont pas exhaustifs. Maintenant, pour répondre à votre question, je viens d’apprendre que la présence de Madagascar n’est pas souhaitable aux réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale en Turquie et que 1’euro vaut 3000 Ariary.
 
C’est bien dommage car tous les efforts faits en sept ans pour asseoir cette image de pays respectable et digne de confiance tombent à l’eau. Car il ne faut pas se voiler la face, la non invitation à ce genre de réunion signifie que le pays est rangé dans la catégorie des pays non fréquentables avec des dirigeants indésirables et qualifiés de "persona non grata".
 
Ensuite être écarté de la réunion du F M I signifie l’arrêt des financements extérieurs, aucun organisme de financement légal et normal au monde n’accorde son financement sans l’aval du FMI. Or le budget de Madagascar est composé à plus de 80 pour cent du financement extérieur.
 
Concernant les effets néfastes de la crise, laissez-moi en premier lieu reprendre certaines analyses récentes de personnes et d’organismes très qualifiés :
 
* Mme Krystyna Bednarska, Chef du Programme Alimentaire des Nations Unies (PAM) a expliqué déjà au 20 mars 2009 que les pertes d’emplois du fait de la crise politique risquent de précipiter les pauvres et les classes moyennes basses dans la misère. Quant aux plus démunis, qui sont estimés à plus de 500.000, ils ne peuvent même pas s’offrir les denrées de première nécessité à cause de la crise en cours. Cela est en train de se vérifier, aujourd’hui plus de 400 entreprises ont déjà fermé.
 
* Rien que dans le secteur tourisme, la baisse de l’activité a entraîné un déficit de l’ordre de 390 millions de dollars américains, et près de 25.000 métiers sont sérieusement menacés, selon le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA).
 
* Enfin, le porte-parole de la société civile, Monsieur Roland Razafindramanitra, a livré ses propres évaluations, le lundi 3 août à la Résidence Ankerana. Se référant aux données chiffrées du ministère de l’Economie du mois de mai 2009, la société civile a répertorié au total 15 000 pertes d’emplois en raison de la crise. Se fondant sur les enquêtes effectuées par les groupements professionnels comme le GEM et le FIVMPAMA, elle établit 3 700 pertes d’emplois directs dans le commerce et le service. 153 entreprises, 55 établissements hôteliers et 51 entreprises en zone franche, relève-t-elle, ont dû avoir recours au chômage technique ; réduisant ainsi 2041 personnes, dont 823 dans le secteur tourisme, au chômage technique.
 
Selon ce Monsieur, la crise perdure, c’est le KO pour le monde des affaires et le chaos social. Un crime que la société civile ne peut laisser faire. Moi je dis qu’il a raison.
 
Personnellement, j’estime le nombre de travailleurs qui vont perdre leur emploi entre 150 000 et 200 000 ce qui signifie globalement qu’entre 750 000 et 1 000 000 de personnes vont se retrouver complètement démunies rien qu’à Antananarivo, car rien qu’avec l’AGOA, 70 000 emplois sont, à ce jour, déjà perdus.
 
Pour synthétiser sur ce point j’aimerais rappeler que lors de l’élaboration du budget 2009, notre prévision de taux de croissance était de 7,5 et maintenant la prévision à la fin du premier semestre 2009 est de 2,2. En matière de balance de paiement en 2008 fin du premier semestre nous avions plus de 66 millions de DTS, maintenant à la même époque nous avons un déficit de moins 177 millions de DTS.
 
Donc on va, je dirais même, on court vers la catastrophe socio-économique et humaine ".
 
2) Outre les emplois directs et indirects, pouvez-vous évaluer les conséquences sociales sur les bénéficiaires des programmes tels le PSI ou la lutte contre le SIDA et les MST ?
 
"C’est très simple, vous savez, quand vous ne travaillez pas, vous ne pouvez pas vous nourrir convenablement et votre corps devient facilement vulnérable. Ensuite comme tout le monde le sait, l’oisiveté est la mère de tous les vices. La question est maintenant de savoir si les subventions reçues pour ces programmes sont catégorisées dans les aides humanitaires. Je ne pense pas car la lutte contre les fléaux sanitaires tels que le sida, la malaria relève plutôt d’un programme de gouvernement. Par ailleurs, il n’y a pas que le chômage, mais il y a d’autres facteurs générés par cette crise qui vont contribuer à l’augmentation des risques de prolifération de ces terribles maladies, il en est ainsi de la gabegie instaurée par le pouvoir putschiste, de l’indiscipline qui est devenue le mode de vie et de pensée pour beaucoup de gens. Les risques sont tellement incommensurables qu’il est hasardeux de faire une quelconque évaluation fiable qui sera démentie par une aggravation de la situation demain. C’est malheureux, mais je répète encore on court vers une catastrophe socio-économique et humaine".
 
3) On dit ici que vous êtes victime de vos propres proches collaborateurs qui vous ont induit en erreur. Lequel ou lesquels parmi eux ont été contre vos projets d’amnistie ou de réconciliation ?
 
" Non, je ne suis pas victime, c’est le peuple malgache qui est victime des agissements malsains de ces gens qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels. Et quitte à renier tout sens de l’éthique, ils sont capables de faire des pactes même avec le diable.
 
L’amnistie et la réconciliation nationale, je les ai déjà proposées lors d’un discours à Antsiranana. C’était lors de la première législature. Tout est clair non ? "
 
4) Quand à un moment donné vous accusiez directement la France d’être votre détracteur sinon d’avoir appuyé les putschistes, aviez- vous des preuves ou du moins des indices probants ?
 
"Il ne faut plus infantiliser le peuple malgache. Il est capable d’analyser les faits qui se passent actuellement dans son pays. Et en outre, il ne faut pas oublier que Madagascar est le pays où il y a la plus forte congrégation française en Afrique subsaharienne avec tout ce que cela suppose et engendre. Et savez-vous pour se détendre un peu que même en anglais on dit coup d’état" ?
 
5) Quel est le message que vous voulez adresser aux partisans des trois mouvances qui s’opposent à l’initiative unilatérale de Andry Rajoelina ?
 
"Le principe que nous avions soutenu à Maputo et que nous soutenons encore peut se résumer ainsi : Plus jamais de coup d’Etat à Madagascar, en Afrique et partout dans le monde. Ensuite nous étions, je pense des hommes d’honneur et des patriotes pour avoir signé les accords de Maputo. Tenons nos engagements et vous les partisans de chaque mouvance, aidez nous par tous les moyens à rendre effectifs ces accords. Que Dieu nous bénisse ! Merci beaucoup".
 
Propos recueillis par Raw, le Courrier.com
Par Ny marina tsy maty
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